
|
|
| | Journal d’une jeune provinciale sérieuse. | |
| |
| Auteur | Message |
|---|
alpero Sacrée Pipelette


  Nombre de messages: 1255 Date de naissance: 31/05/1943 Age: 68 Localisation: région parisienne essone Date d'inscription: 24/09/2008
 | Sujet: Journal d’une jeune provinciale sérieuse. Ven 26 Sep - 11:36 | |
| puisque je vois qu'on peut diffuser des textes longs, atte'ntion à vous, voici le début d'un roman...
Journal d’une jeune provinciale sérieuse.
Introduction
Ma mère est adorable et mon père est fantastique. Ils sont comme deux vieux gamins qui jouent à s'aimer dans la cour de récré. Leur différence d'âge les rend encore plus touchants. Papa protège Maman comme si elle était sa fille et Maman s'inquiète de Papa comme d'un vieillard qui pourrait tomber à chaque instant. Oui, ils ont adorables tous les deux et je les adore, mais... Mais ils trimballent dans leur passé une chose que je ne comprends pas... J'ai remarqué depuis longtemps que Maman a toujours comme un nuage dans les yeux quand elle m'appelle par mon prénom et qu'elle a passé toute mon enfance à m'affubler de sobriquets gentils mais ringards. Et puis, j’ai eu une sœur…enfin, je ne l’ai pas eue vraiment. Elle est disparue, je crois, quand je naissais. J'ai remarqué depuis longtemps que Papa n’en parle jamais, pourtant, je sens qu’il l’aimait… et puis maman et elle ont du se connaître :j’ai cru comprendre qu’elles avaient le même âge. Alors, parce que ça me chiffonne, ces secret, j’ai passé des mois à fouiller un peu partout pour comprendre. Et puis, l’autre jour, les parents sont partis chez des amis. Moi, comme j'avais un dossier à termine je suis restée... j'ai traîné dans l'appart et cette fois-ci, j'ai trouvé. Dans la petite armoire où Maman range ses maquillages, ceux qu'elle ne veut pas que je pique, "qui sont trop bien pour ce que tu en fais, on verra plus tard... en attendant, prends ceux-là". Tu parles, c'était son coffre fort : sur la dernière étagère, planqué sous un vieux France-Soir au fond d’une boîte emplie de flacons à moitié vides, j'ai trouvé son cahier. Maman a écrit un journal ! Il est neuf heures, ils ne rentreront pas avant minuit. Je m'installe et en avant pour le grand voyage historique. Ça commence comme ça : Le silence qui suit l'une de ses œuvres est encore de Mozart, on me l'a souvent dit. Je jure, pour ma part, que celui qui suit la mort de Mimi dans cette salle où nous sommes une centaine à être venus voir vivre et mourir l'héroïne de la "Bohème" sous l'apparence et surtout la voix de Barbara Hendrix, doit tout à Puccini, lui. Comme sans contredit, à lui seul sont redevables de leur existence, les pleurs que je sens couler de mes paupières. Bientôt, des reniflements se font entendre un peu partout dans la salle. Ces confirmations sonores me rassurent : je ne suis pas la seule à laisser parler mon émotion avec si peu de pudeur. Que c'était beau ! Mes jambes tremblent autant que mes yeux débordent. Je me sens encore tellement dans la pauvre chambre, à pleurer la malheureuse grisette, que je resterais bien sur place afin d'assister à la séance suivante. Hélas, mon T.G.V. ne m'attendrait pas - ces trains sont si peu sensibles à la détresse humaine ! - et je devrais ne rentrer que demain. Et moi, enfant sérieuse forcée de découcher, pourrais-je réellement persuader mes parents qu'après une laborieuse journée à la fac, sage et éprouvante ainsi qu'elles le sont à l'accoutumée, je suis rentrée tout droit à la maison comme doit obligatoirement le faire, et l'a d'ailleurs toujours fait, la brave petite étudiante qu'ils connaissent depuis son enfance ? Non, bien entendu ! Mais, j'avais absolument besoin de le voir, ce film, moi ! Alors... Et puis, de toutes façons, c'est trop injuste ! En province, nous ne pouvons voir un film que lors de sa sortie. Pour le revoir, si le besoin s'en fait sentir (et n'est-ce pas normal, lorsque le film est si beau ?), il est indispensable de s'armer de beaucoup de patience, d'un peu d'espoir, et puis, d'attendre. D'attendre en croisant les doigts qu'il passe à la télévision... D'où : séché la fac, une heure et demie de T.G.V., la gare de Lyon, le métro, stations Châtelet puis Saint-Michel, un vieux cinéma refait à neuf... et voilà : en situation illégale (un bien grand mot, pour un moment si agréable, non ?) pour la première fois de ma carrière scolaire. Mais ça en valait la peine ! Ma patience avait bien mérité cette récompense, elle qui s'était vue punie parce que le soir de la retransmission attendue, il y avait sur une autre chaîne une quelconque émission de variété et que mes parents (Franco Zefirelli, qui c'est ?) n'ont même pas envisagé d'écouter mes raisons. C'est pourquoi, l'obéissance et les règlements, il a bien fallu qu'elle les oublie, la gentille petite Martine, dites, vous le comprenez ? Par chance, je suis à l'heure et le train m'emporte sans se préoccuper de mes remords éventuels - seulement éventuels -. Je suis confortablement installée dans le sens de la marche, pelotonnée contre la vitre, avec mon casque sur la tête. Mon baladeur est, comme moi, tout empli de la musique de Puccini que j'étais allée, avant de partir, me procurer à la FNAC, prévoyant le plaisir que j'aurais à prolonger ainsi ces instants de pur bonheur. La gare, la consigne, mon sac, mon solex (car j'ai la veine d'en posséder un vrai, un très vieux) et j'arrive chez moi juste avant le repas du soir, comme si j'avais travaillé chez une copine. Ouf ! je vais finir par mourir d'une crise cardiaque, moi, si je renouvelle trop souvent ce genre d'émotion. |
|  | | nane Moulin à Paroles

  Nombre de messages: 9938 Date de naissance: 22/11/1950 Age: 61 Localisation: Val d'Oise et Côtes d'Armor Date d'inscription: 14/10/2005
 | Sujet: Re: Journal d’une jeune provinciale sérieuse. Ven 26 Sep - 13:18 | |
| La suite demain ?  _________________ Les chats, tout comme les roses, ne griffent que ceux qui ne savent pas les prendre
|
|  | | alpero Sacrée Pipelette


  Nombre de messages: 1255 Date de naissance: 31/05/1943 Age: 68 Localisation: région parisienne essone Date d'inscription: 24/09/2008
 | Sujet: Re: Journal d’une jeune provinciale sérieuse. Ven 26 Sep - 13:32 | |
| |
|  | | Cotinne Moulin à Paroles

  Nombre de messages: 17043 Date de naissance: 21/02/1963 Age: 49 Localisation: Moselle Trou du cul du monde Loisirs: Taquiner les hommes et les faire rêver Date d'inscription: 05/01/2007
 | Sujet: Re: Journal d’une jeune provinciale sérieuse. Ven 26 Sep - 13:55 | |
| Ah on aime les suites en petits bouts!
A demain! |
|  | | alpero Sacrée Pipelette


  Nombre de messages: 1255 Date de naissance: 31/05/1943 Age: 68 Localisation: région parisienne essone Date d'inscription: 24/09/2008
 | Sujet: Re: Journal d’une jeune provinciale sérieuse. Ven 26 Sep - 14:03 | |
| C'est l'esprit et le principe des feuilletons. Sans eux, Alexandre du Mât et ses confrères ne seraient pas grand chose.  |
|  | | goupil Moulin à Paroles

 Nombre de messages: 4680 Date de naissance: 23/04/1915 Age: 97 Localisation: IDF et steppes caussenardes du Sud Loisirs: l\'errance Date d'inscription: 31/10/2005
 | Sujet: Re: Journal d’une jeune provinciale sérieuse. Ven 26 Sep - 15:49 | |
| Alpero intitule son texte : " Journal d'une jeune provinciale sérieuse"
On en trouve encore ? |
|  | | alpero Sacrée Pipelette


  Nombre de messages: 1255 Date de naissance: 31/05/1943 Age: 68 Localisation: région parisienne essone Date d'inscription: 24/09/2008
 | Sujet: Re: Journal d’une jeune provinciale sérieuse. Ven 26 Sep - 16:34 | |
| c'est le sujet de l'histoire... et ça se passe au moins il y a une quinzaine d'années, puisque il s'agit du journal de la maman. |
|  | | Cotinne Moulin à Paroles

  Nombre de messages: 17043 Date de naissance: 21/02/1963 Age: 49 Localisation: Moselle Trou du cul du monde Loisirs: Taquiner les hommes et les faire rêver Date d'inscription: 05/01/2007
 | Sujet: Re: Journal d’une jeune provinciale sérieuse. Ven 26 Sep - 17:05 | |
| Goupil te taquinait juste un peu : ) C'est son style d'humour il faudra t'y habituer : ))
A demain pour la suite. |
|  | | alpero Sacrée Pipelette


  Nombre de messages: 1255 Date de naissance: 31/05/1943 Age: 68 Localisation: région parisienne essone Date d'inscription: 24/09/2008
 | Sujet: Re: Journal d’une jeune provinciale sérieuse. Ven 26 Sep - 17:13 | |
| j'avais compris, je faisais juste un peu de "merchandising" pour appâter le chaland ! Tu vois, on reste dans les bateaux : le chaland qui passe... (quoique ce soit sans doute trop vieux pour toi, Cotine, qui es si jeune). |
|  | | alpero Sacrée Pipelette


  Nombre de messages: 1255 Date de naissance: 31/05/1943 Age: 68 Localisation: région parisienne essone Date d'inscription: 24/09/2008
 | Sujet: Re: Journal d’une jeune provinciale sérieuse. Ven 26 Sep - 23:07 | |
| Attention, seconde livraison, début du 1° chapitre. Puis, à suivre...
Chapitre 1
Repas du soir... Papa, petit, rondouillet, le cheveu rare, une moustache à la "Gable", nous donne, à Maman et à moi, une leçon de politique étrangère pendant que nous mangeons la soupe. Cette assiette, pleine de bouillon de légumes et de pain détrempé, est devenue, pour moi, plus un rite qu'un plat, car, depuis le début de mes souvenirs, elle fût sur la table familiale, toujours obligatoire, quelle que soit la saison.
Je connais tellement par cœur ce moment obligé, je l'ai tellement vécu mille et mille fois, qu'il me semble être devenue capable de prévoir, à la seconde près, le moment où le monologue va dévier.
Cela ne manque pas : à peine Papa a-t-il recueilli dans le fond de sa cuiller, en inclinant son assiette, l'ultime trace de soupe, qu'il attaque le sujet phare, celui dont je me demande comment il a pu s'en passer auparavant : la Faculté. Avec un grand F, bien sûr. La Faculté et la chance que j'ai, moi, fille d'ouvriers devenus bureaucrates à force de volonté et de travail, d'y être entrée comme si j'étais née dans une vraie famille bourgeoise. Le pire, c'est que dans tout cela, on ne sent la trace d'aucun guillemet, d'aucune hésitation... J'allais presque oser écrire : "d'aucune autodérision"... mais c'eût été stupide car voilà un terme que l'on ne connaît pas, à la maison.
Maman, le portrait au féminin de son époux, avec cependant la moustache en moins et la chevelure plus fournie (heureusement), avec aussi la poitrine ample et rassurante, pour compenser, je suppose, l'importance du ventre marital, opine, admirative en permanence devant cet homme qui maintenant, revient du travail, le soir, toujours aussi fatigué qu'avant, mais avec les mains blanches.
Soyons franche, elle n'admire pas que Papa. Sa fierté s'étend jusqu'à moi... Mais avec quelques restrictions : certes, je suis en faculté, et pour elle qui ne lit, dans le texte, que Delly, c'est déjà gigantesque. Cependant je n'y suis, dans son esprit et à son grand regret, que poussée par la volonté inflexible du grand homme, qu'un jour, un grand jour, il y a presque vingt ans, elle épousa.
C'est la seule raison crédible, pour elle, de mon... élévation intellectuelle : je suis une "étudiante" par la volonté de mon père qui, après m'avoir fait naître d'un moule aussi frustre qu'elle-même, m'a contrainte à renaître à l'intelligence. Sachez le, je ne suis pas là grâce à mes capacités (j'allais écrire : mes facultés, mais le jeu de mot eut été malvenu) ni à celles de ma mère. Maman les trouve bien maigres, les unes et les autres. Je ne suis, elle le croit vraiment, arrivée au niveau où elle me voit que parce que je travaille, beaucoup. J'ai le chagrin de penser qu'il s'agit de la seule qualité qu'elle accepte de me reconnaître réellement. Pour elle, je suis une bûcheuse à qui cette capacité de travail tient lieu d'intelligence véritable.
C'est pourquoi, au milieu des grandes phrases sur les "merveilleux" professeurs dont j'ai la chance d'entendre l'enseignement (ma parole, mais il vit encore au dix-neuvième siècle, mon papa chéri !), moi, je décolle. Je voyage, je me laisse emporter par des sensations nouvelles. J'essaie de les analyser pour en profiter au mieux - réflexe d'intellectuelle, ça, attention... -, mais elles sont si légères, si imprécises qu'une étude approfondie m'en est impossible. Je ne puis que les tourner, les retourner dans ma tête en me demandant si les souvenirs qui les ont créées sont bien réels.
Aussi, c'est si bizarre, un souvenir !
Lorsqu'un acte, un fait, est passé, ce qu'il laisse dans l'esprit n'a pas plus de poids que ce qu'a laissé un rêve ou une imagination. Sans preuve tangible, le cerveau se retrouve dans la même obligation, face à ces choses impalpables : forcé de les reconstruire, et cela me fait drôlement peur. Je risque tellement de déformer le peu que j'ai vécu... Il me semble d'ailleurs que c'est déjà fait.
Alors, c'est à ce moment précis, je le pense, que j'ai pris ma décision. Oh ! elle était dans l'air depuis quelques jours, mais le passage à l'acte m'a toujours rebutée, quelle que soit l'action en cause. Je suis une contemplative plutôt qu'une active, moi. Cependant, les faits dont je parle sont, cette fois, d'une telle importance pour moi que j'ai enfin la force de violenter ma nonchalance naturelle (ma paresse), et de sauvegarder sur papier ce qui m'advient. Et puis, Mimi...
Donc, voilà, j'écris. Je viens de reprendre, sur mon bureau, comme si j'étudiais une expérience de physique, le cours des événements qui m'ont amenée là. J'ai quitté assez brusquement la table et le repas, mais mes parents, habituée à me voir plongée soudain dans une réflexion qu'ils respectent (dame, réussite oblige...), m'ont laissée partir et je me retrouve face à un cahier dont j'ai déchiré les premières pages qui ne m'intéressaient plus et dont j'espère que peu à peu il va s'emplir de la trace des immenses bonheurs qui ne peuvent manquer de m'arriver désormais, puisque, comme on a peut-être fini par s'en rendre compte...
Non, même s'il est ridicule et inexistant, je préfère laisser, au début de ce texte, comme un semblant de suspens. Et puis, il y a des mots que je ne me sens pas encore la force d'écrire.
C'est pourquoi, en attendant de dépasser ce stade, je vais m'octroyer un détour par moi-même. C'est cela, commençons par la présentation de l'héroïne : Je viens de dépasser mes dix-sept ans, c'est à dire que j'en ai pratiquement dix-huit et je me prénomme Martine, ainsi qu'on a déjà pu s'en rendre compte. Blonde, plutôt petite, je mesure exactement un mètre et cinquante six centimètres. Il ne faudrait pourtant pas s'imaginer, parce que je débute en parlant de ma courte taille, que j'en éprouve un quelconque complexe. Non. Je suis assurée, au fond de moi, que j'exprime là une simple constatation dont je pense qu'elle est indispensable, dès l'instant que j'ai entrepris de parler de moi-même. |
|  | | nane Moulin à Paroles

  Nombre de messages: 9938 Date de naissance: 22/11/1950 Age: 61 Localisation: Val d'Oise et Côtes d'Armor Date d'inscription: 14/10/2005
 | Sujet: Re: Journal d’une jeune provinciale sérieuse. Sam 27 Sep - 8:02 | |
| Une autre époque... et pourtant pas si lointaine...  _________________ Les chats, tout comme les roses, ne griffent que ceux qui ne savent pas les prendre
|
|  | | Cotinne Moulin à Paroles

  Nombre de messages: 17043 Date de naissance: 21/02/1963 Age: 49 Localisation: Moselle Trou du cul du monde Loisirs: Taquiner les hommes et les faire rêver Date d'inscription: 05/01/2007
 | Sujet: Re: Journal d’une jeune provinciale sérieuse. Dim 28 Sep - 8:25 | |
| |
|  | | alpero Sacrée Pipelette


  Nombre de messages: 1255 Date de naissance: 31/05/1943 Age: 68 Localisation: région parisienne essone Date d'inscription: 24/09/2008
 | Sujet: Re: Journal d’une jeune provinciale sérieuse. Dim 28 Sep - 9:00 | |
| Désolé, pas le temps ce matin, je pars souhaiter l'anniversaire d'une de mes filles, à demain... |
|  | | nane Moulin à Paroles

  Nombre de messages: 9938 Date de naissance: 22/11/1950 Age: 61 Localisation: Val d'Oise et Côtes d'Armor Date d'inscription: 14/10/2005
 | Sujet: Re: Journal d’une jeune provinciale sérieuse. Lun 29 Sep - 9:52 | |
| alpero, nous t'attendons !  _________________ Les chats, tout comme les roses, ne griffent que ceux qui ne savent pas les prendre
|
|  | | Anne Administrateur


  Nombre de messages: 23708 Date de naissance: 17/10/1957 Age: 54 Localisation: Région Parisienne Date d'inscription: 19/01/2006
 | Sujet: Re: Journal d’une jeune provinciale sérieuse. Lun 29 Sep - 11:09 | |
| | alpero a écrit: | | j'avais compris, je faisais juste un peu de "merchandising" pour appâter le chaland ! Tu vois, on reste dans les bateaux : le chaland qui passe... (quoique ce soit sans doute trop vieux pour toi, Cotine, qui es si jeune). |
J'aime ton humour, et puis quel talent, pas de souci profite bien de tes filles, nous nous t'attendrons.  _________________  http://sram.artblog.fr/ |
|  | | | | Journal d’une jeune provinciale sérieuse. | |
|
Sujets similaires |  |
|
| | Permission de ce forum: | Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
| |
| |
| |
|